Confinement et distanciation sociale : vers une digitalisation de l’événementiel ?

La crise du Covid-19 et les mesures de distanciation sociale qu’elle entraîne sont loin d’être une bonne nouvelle pour l’événementiel : le secteur a d’ores et déjà perdu plusieurs milliards d’euros et de nombreux emplois sont menacés. Face à cela, les organisateurs se penchent vers des éditions 2020 digitales. Serait-ce le début d’une nouvelle ère pour les festivals, concerts et conventions ?

De nombreux événements et festivals annulés ou reportés

Confinement oblige, de nombreux événements ont dû être annulés au cours de ces deux derniers mois. Et ce n’est pas fini : tous les événements de plus de 5000 personnes seront interdits jusqu’en septembre. Pour l’instant les rassemblements de plus de dix personnes ne sont toujours pas possibles – et ce, jusqu’au 1er juin au plus tôt.

En France, parmi les 4500 événements annulés à date, et les 3000 qui sont reportés, on compte notamment :

  • Le Salon du livre ;
  • Le Hellfest ;
  • Les Vieilles Charrues ;
  • Les Eurockéennes ;
  • Musilac ;
  • Garorok ;
  • Solidays ;
  • Lolla Paris ;
  • We Love Green ;
  • Fnac Live Paris ;
  • Days Off ;
  • Sur les Pointes, etc.

Ces chiffres n’incluent pas tous les festivals et événements qui devaient se dérouler à l’étranger, aux États-Unis par exemple, toujours confinés et très largement endeuillés par la pandémie.

Impossibilité de se projeter

Au-delà des dates butoir fixées à défaut de savoir avec exactitude de quoi sera fait demain, il y a les appréhensions quant à de possibles – et probables – prochaines vagues de contamination, la mise en place des fameux “gestes barrières” incompatible avec nombreux de ces événements et les craintes du public. Les gens ont peur de contaminer, d’être contaminés ou même de réserver des places pour un concert, un festival ou une conférence qui n’aura pas lieu.

Pour beaucoup, cette déprogrammation culturelle massive est une triste nouvelle mais qui n’aura que peu de conséquences sur leur vie : cet été sera différents des autres, certainement plus frugal, mais ils pourront profiter de nombreux contenus de chez eux. Ils attendront avec impatience de pouvoir assister l’an prochain aux nouvelles éditions de leurs festivals et concerts préférés. Mais pour les professionnels de la culture, du spectacle et de l’événementiel, ces restrictions risquent d’être bien plus lourdes de conséquences.

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De très nombreux emplois menacés

En effet, de très nombreux emplois dépendent de la culture et de l’événementiel en France – autant d’emplois aujourd’hui menacés, maintenus à flot par le chômage partiel, par des mesures de soutien temporaires et parfois uniquement par l’espoir d’une reprise prochaine.

Début mai, Emmanuel Macron a annoncé un “Plan Culture” visant à soutenir le secteur en grande difficulté. Parmi les mesures citées, les principales étaient les suivantes :

  • Prolongation des droits des intermittents jusqu’à fin août 2021 ;
  • Constitution d’un fonds d’indemnisation pour les séries et tournages annulés ;
  • Lancement d’un grand programme de commandes publiques.

Le ministère de la culture a également annoncé la création d’une cellule d’accompagnement des festivals 2020, qui restera active jusqu’à la fin de la crise sanitaire. Le but est notamment d’accompagner les plus petits festivals qui pourraient peut-être bien se tenir au vu de leur public restreint – reste à savoir dans quelles conditions.

Les événements tentent de s’adapter à ces nouvelles contraintes

Les professionnels de l’événementiel et de la culture le savent bien : si ce Plan Culture peut leur faire gagner un peu de temps, il ne suffira pas à les sauver. Face à ce naufrage, comme dans tous les  secteurs qui dépendent de la capacité des individus à se réunir et se déplacer, les offres culturelles ont évolué pour pouvoir continuer à toucher les personnes confinées chez elles. La fermeture des cinémas, salles de concerts, musées a été suivie par la mise en ligne de films, concerts et spectacles. Google Arts & Culture a même permis aux internautes de parcourir de nombreuses expositions à travers le monde entier.

Pour de nombreux salons et festivals qui devaient se tenir durant l’été, la stratégie sera également  la dématérialisation. Dans un secteur que l’on pensait totalement dépendant de la liberté de se rassembler, les artistes font le pari d’innover en digitalisant leur offre, grâce aux plateformes d’hébergement de contenu et aux réseaux sociaux qui devraient permettre de maintenir une certaine interactivité de ces événements.

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Musique, cinéma, théâtre : le défi d’adapter les contenus à Internet

L’édition 2020 de l’E3, grand-messe du jeu vidéo qui devait se tenir du 9 au 11 juin à Los Angeles, est annulée au profit d’événements individuels et dématérialisés organisés par chaque studio : Xbox 20/20, conférence mensuelle de Microsoft, Ubisoft Forward, EA Play live d’Electronic Arts parmi tant d’autres. Un plus large festival numérique se tiendra entre les mois de mai et d’août, organisé par le journaliste canadien et personnalité du jeu vidéo Geoff Keighley.

Les festivals de Cannes, Venise, Berlin sont annulés cette année au profit du We Are One : A Global Film Festival, manifestation virtuelle qui se tiendra sur YouTube du 29 mai au 7 juin. Le festival International du film d’animation d’Annecy, lui, se déroulera intégralement en ligne, mettant en place une plateforme avec de nombreuses fonctionnalités auxquelles les personnes accréditées pourront accéder : stands virtuels, vidéothèque, tchat et visioconférences…

Du côté du théâtre, le festival d’Avignon qui se tient tous les mois de juillet n’aura pas lieu pour la première fois depuis sa création en 1947. Là encore, une programmation numérique est prévue pour pallier ce manque. De la même manière, le Burning Man ne se tiendra pas physiquement mais virtuellement, sous le nom de Multiverse.

Le recensement et la promotion de toutes ces initiatives visant à diffuser les produits culturels de manière dématérialisée est réalisé sur le site Internet du ministère de la Culture, par le biais de l’opération #CultureChezNous depuis le 18 mars.

Vers une mutation des événements traditionnels ?

Nul ne sait comment évoluera la situation sanitaire et économique. Mais la digitalisation des festivals de musique pourrait déclencher une mutation des modèles festivaliers et événementiels de manière générale. Surtout si, comme le craignent certains, de futures vagues de contamination déclenchent d’autres vagues de confinement.

Beaucoup ont également découvert qu’ils pouvaient faire certaines choses de leur quotidien autrement : travailler à distance, profiter de leurs amis via des appels vidéo de groupe… La consommation des biens culturels, avec la croissance exponentielle des plateformes de streaming ces dernières années, se faisait déjà beaucoup de chez soi.

Mais deux mois d’enfermement et un été sans rassemblements changera peut-être encore plus radicalement les choses pour un public à qui l’on offrira la possibilité de découvrir des artistes et des contenus en live sans bouger de chez lui. Et certains événements risquent de devoir en passer par Internet, moins coûteux que l’organisation d’un événement physique, le temps que la situation évolue et leur permette de faire autrement.

Des grands noms de la culture et du spectacle commencent déjà à repenser leur stratégie à long-terme : le danseur et chorégraphe de renom Benjamin Millepied a lancé en début de mois une plateforme digitale entièrement dédiée à la danse, L. A. Dance Project, se présentant sous forme d’application mobile payante. Les abonnés peuvent y retrouver des cours, master-classes mais aussi des interviews, captations de spectacles… Le Cirque du Soleil propose également des programmes spéciaux sa plateforme CirqueConnect.

Face au digital, tous les événements ne sont pas égaux

Mais si certains événements peuvent se prêter à une téléconsommation, d’autres sont malheureusement tributaires de la présence physique du public. C’est notamment le cas des professionnels forains, dont l’activité est saisonnière. D’autre part, certaines règles comme la chronologie des médias rendent bien plus difficiles la publication en ligne de certains contenus aux dates où ils devaient initialement sortir en salle.

Qu'est-ce que la chronologie des médias ?

C’est la règle qui protège la sortie en salle des films. Dépendant du nombre d’entrées qu’elles ont fait, les œuvres cinématographiques ne sont pas tenues de respecter les mêmes délais pour leur sortie en DVD, sur les sites de streaming…

La crise du Covid-19 amènera peut-être dans son sillon des mutations de certaines règles, de certains codes, de certains usages qui semblaient jusque-là figés dans le marbre.

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Sources

  • La Dépêche, “Festivités annulées : quelle saison estivale pour les industriels forains à Castres”, 14/05/2020
  • Le Monde, “Coronavirus : faute de festival de cinéma, Cannes, Venise et Berlin organisent un événement sur YouTube”, 27/04/2020
  • Le Parisien, “Coronavirus : avec déjà 15 milliards d’euros de pertes, l’événementiel réfléchit à l’après”, 20/04/2020
Redactor

Ecrit par deborah

Mis à jour le 19 Oct, 2020

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